L'essentiel

Nous formons des entreprises à l’intelligence artificielle, ce qui nous obligeait à être exigeants avec nous-mêmes. Pour savoir ce que vaut vraiment le fait d’utiliser Claude en entreprise, nous avons passé un mois à le faire tourner sur nos propres dossiers, nos propres documents et nos propres tâches administratives, en notant ce que ça rapportait et ce que ça coûtait.

Le mois en quatre chiffres

  • 90 € par mois d’abonnement Claude, le poste de dépense le plus visible
  • 300 € de développement web évités sur la création d’une page de notre site
  • 3 fois moins de temps pour produire une proposition commerciale
  • 8 documents Qualiopi par session, désormais générés par des assistants maison

Premier chantier : ranger des milliers de fichiers avec un agent

Nos dossiers de téléchargements contenaient des milliers de fichiers accumulés depuis des années, et personne dans l’équipe n’avait le temps de s’en occuper. Nous avons lancé Claude Cowork dessus, l’agent qui ouvre les fichiers de l’ordinateur au lieu de rester dans un onglet de navigateur. Il a lu le contenu de chaque fichier, reconstruit une arborescence, renommé ce qui devait l’être et écarté les doublons. Nous avons récupéré plusieurs dizaines de gigaoctets et retrouvé de quoi chercher un document sans y passer un quart d’heure.

Ce premier chantier n’a rien de spectaculaire, et c’est ce qui le rend intéressant. Il ne demande aucun budget ni aucun comité de pilotage, seulement d’autoriser l’outil à ouvrir un dossier et de vérifier ce qu’il propose avant de valider. C’est par ce genre de tâche que nous conseillons de commencer dans les entreprises que nous formons, parce que le résultat se voit en une heure et qu’aucun document sensible n’est en jeu.

Créer une page de site et des propositions commerciales sans prestataire

Nous avions besoin d’une nouvelle page sur notre site, et le devis d’un développeur web tournait autour de trois cents euros pour ce type de travail. Nous l’avons construite avec Claude Code, en décrivant ce que nous voulions et en corrigeant au fil des allers-retours. La page est en ligne et le devis n’a pas été signé. Ce qui compte le plus n’est pourtant pas cette économie ponctuelle, c’est de pouvoir modifier la page nous-mêmes le lendemain sans rouvrir un ticket chez un prestataire.

Le même raisonnement a changé nos propositions commerciales. Nous produisions des présentations correctes mais interchangeables, dans lesquelles chaque prospect retrouvait à peu près la même chose. Nous créons désormais une page web personnalisée par client, qui reprend son secteur, ses outils, ses cas d’usage et ses contraintes, et il nous faut trois fois moins de temps pour la produire qu’il ne nous en fallait pour monter la présentation qu’elle remplace. Nos supports pédagogiques ont suivi le même chemin, entre Claude Design et le plug-in dans PowerPoint, avec un niveau de personnalisation que nous ne tenions pas quand tout se faisait à la main.

Automatiser les documents Qualiopi avec des assistants sur mesure

C’est le chantier qui a le plus changé nos semaines. Time2AI est un organisme de formation certifié Qualiopi, ce qui veut dire que chaque session produit une pile de documents opposables en audit : programme de formation, analyse du besoin, scénario pédagogique, convention, convocation, feuille d’émargement, questionnaires avant et après la session, certificats de réalisation. Ces documents se ressemblent d’une session à l’autre sans jamais être identiques, et les ressaisir à la main était devenu le plus gros poste de temps administratif de l’équipe.

Nous avons donc construit des Skills, c’est-à-dire des assistants spécialisés à qui l’on décrit une fois pour toutes ce qu’ils doivent produire, dans quel format et avec quelles règles. Chacun couvre un document et va chercher ses informations dans les pièces qu’on lui donne, un devis ou une convention par exemple. Le résultat sort à notre charte, avec le logo et la signature au bon endroit. Le bénéfice qui compte le plus se situe d’ailleurs ailleurs que dans le temps gagné : un document produit par une règle écrite une fois contient beaucoup moins d’erreurs qu’un document recopié vingt fois.

Il faut être honnête sur ce que cela demande. Chaque assistant a coûté plusieurs heures de cadrage avant de servir, et un document généré se relit toujours avant d’être envoyé. Le gain n’apparaît qu’à partir du moment où la tâche se répète assez souvent pour absorber ce temps de mise au point.

La méthode qui rend un assistant utile

C’est celle que nous faisons appliquer dans nos ateliers de création d’assistants, et elle commence loin du clavier. Les quatre étapes tiennent en une page, et c’est la première qui écarte la plupart des idées.

  • Vérifier que la tâche revient assez souvent pour que le temps passé à la cadrer soit rentabilisé.
  • Remplir une fiche à la main avant d’ouvrir l’ordinateur : nom, entrée attendue, sortie attendue, instructions, garde-fous, base de connaissances, déclencheur.
  • Tester sur un cas réel, et non sur un exemple choisi parce qu’il fonctionne bien.
  • Itérer sur les instructions jusqu’à ce que le résultat soit utilisable sans retouche, en appliquant les quatre pratiques de prompting qui font le plus de différence.

Cas d’usage métier : recherche de cibles et modèle LBO dans Excel

Nous formons beaucoup de fonds d’investissement, notamment dans le cadre de l’Académie France Invest, et ces publics ne se contentent pas d’une démonstration générique, comme nous l’avons raconté à propos de notre formation à l’IA dans le private equity. En branchant Claude sur des connecteurs comme Pappers, data.gouv, Pitchbook ou CFNEWS, nous avons construit des exercices qui ressemblent à leur travail réel. Un exemple que nous rejouons en session : lister les PME industrielles de Bourgogne dont le chiffre d’affaires dépasse cinq millions d’euros, avec le nom et l’âge du dirigeant, et obtenir la liste en quelques secondes.

Nous sommes allés plus loin avec un modèle Excel complet de simulation LBO. Claude remplit les onglets historiques et hypothèses à partir d’un mémorandum d’information, puis fait tourner les scénarios de sensibilité. C’est le type d’exercice qui occupe un analyste une demi-journée et qui, une fois cadré, se rejoue en quelques minutes sur un autre dossier. La vérification, elle, reste entière : un modèle rempli par une machine se relit ligne à ligne avant de servir à quoi que ce soit.

Combien ça coûte vraiment : trois postes, pas un seul

Le chiffre que tout le monde retient est celui de l’abonnement, et c’est le moins représentatif. Nous avons compté trois postes distincts sur ce mois, et c’est la grille que nous faisons poser aux entreprises que nous accompagnons.

  • La licence. Quatre-vingt-dix euros par mois dans notre cas. C’est le poste le plus visible et le plus facile à budgéter, et c’est rarement celui qui décide.
  • Les connecteurs et les bases de données. Chaque source métier branchée sur Claude garde sa propre facturation. Une base comme Pappers fonctionne au crédit, autour d’une trentaine d’euros par mois pour cinq cents crédits, et un accès professionnel de type Pitchbook ou CFNEWS relève d’un abonnement à part entière. Brancher un connecteur ne coûte rien à Claude, il coûte à la source.
  • Le contexte consommé. Une conversation qui s’allonge renvoie tout son historique à chaque message, et un rapport de cent pages joint à une demande pèse à lui seul plusieurs dizaines de milliers de tokens. C’est ce poste qui explique les blocages en fin de journée, et c’est celui sur lequel une équipe formée fait la différence, en ouvrant une conversation par objectif au lieu d’en tenir une seule qui dure trois jours.

Claude utilise-t-il vos données ? Ce que disent les conditions selon la licence

C’est la question que les équipes posent dans les premières minutes de chaque formation, et elle mérite une réponse précise. Le régime applicable à vos conversations dépend de la licence que vous avez souscrite, et l’écart entre les deux régimes est considérable.

  • Comptes Free, Pro et Max. Les conditions consommateur d’Anthropic, en vigueur depuis le 8 octobre 2025, prévoient que vos contenus peuvent servir à entraîner les modèles tant que vous n’avez pas désactivé l’option dans les réglages du compte. L’entraînement est donc actif par défaut.
  • Comptes Team, Enterprise et API. Les conditions commerciales d’Anthropic, en vigueur depuis le 17 juin 2025, posent l’inverse à leur clause B : Anthropic ne peut pas entraîner ses modèles sur le contenu client. Vous conservez vos entrées et restez propriétaire de vos sorties, et un accord de traitement des données opposable au titre du RGPD est intégré au contrat.
  • La seule exception du côté commercial concerne un retour que vous envoyez volontairement à l’éditeur, par exemple en signalant un problème sur une réponse.

Il reste un point de vigilance qui ne dépend d’aucune licence, et que nous faisons passer dans toutes nos sessions. Quand la recherche web est activée, une version résumée de votre demande part vers un moteur de recherche externe. Le nom d’un client ou d’un projet confidentiel n’a donc rien à faire dans une demande qui déclenche une recherche web, quelle que soit l’offre souscrite.

Le choix de la licence est donc le premier arbitrage à poser, avant même de choisir les premiers cas d’usage, et c’est celui que nous faisons trancher au démarrage de chaque accompagnement. Une équipe qui sait ce qu’elle a le droit de déposer dans l’outil travaille ensuite sans se reposer la question à chaque document.

Poser ce cadre avant de déployer. Si vous vous demandez quelle licence prendre, ce que vos équipes ont le droit de déposer dans l’outil et par quel cas d’usage commencer, nous en discutons volontiers à partir de votre contexte. Parler de votre projet.

Ce qui se transpose dans une entreprise plus grande

Nous sommes une petite structure, nous n’avons pas de direction informatique et nous décidons vite, ce qui explique une partie de ces résultats. Une entreprise de deux mille personnes ne laissera pas un agent réorganiser des dossiers partagés un mardi matin, et elle aura raison. Ce qui se transpose d’une organisation à l’autre tient moins au rythme qu’à la façon de choisir les premiers chantiers et de les encadrer.

Les chantiers décrits plus haut ont quatre points communs. Ce sont eux qu’il faut chercher dans une organisation avant de lancer quoi que ce soit.

  • Une tâche qui revient, assez souvent pour que les heures de cadrage soient rentabilisées.
  • Un résultat vérifiable en quelques minutes par quelqu’un qui connaît le sujet, ce qui rend l’erreur visible avant qu’elle ne coûte quelque chose.
  • Un document de départ qui existe déjà, ce qui distingue un gain réel d’une démonstration réussie.
  • Un périmètre sans donnée sensible pour les premiers essais, le temps que le cadre d’usage soit posé.

À partir de quelques centaines de personnes, deux choses s’ajoutent à cette liste et se traitent avant le premier atelier. La licence d’abord, puisque le régime des données décrit plus haut détermine ce que les équipes ont le droit de déposer dans l’outil. La désignation de référents ensuite, parce qu’un usage qui fonctionne dans une direction ne se diffuse pas tout seul aux autres : nous le voyons à chaque déploiement multi sites, où le cas d’usage validé par une première équipe doit être repris et adapté par quelqu’un sur place.

Ce que nous observons dans les entreprises que nous formons ressemble rarement à un problème d’outil. Les équipes ont déjà accès à l’intelligence artificielle et s’en servent chacune dans leur coin, sans cadre commun sur ce qu’elles ont le droit d’y mettre et sans méthode pour transformer une tâche répétitive en assistant qui tient la route. C’est ce que nous construisons pendant nos formations à l’intelligence artificielle, sur les documents et les dossiers de l’entreprise elle-même.

Ce qu’il faut retenir

  • Les gains les plus solides sont venus de tâches administratives répétitives, avant les usages spectaculaires.
  • Le coût réel se compte sur trois postes : la licence, les bases de données branchées en connecteur, et le contexte consommé par les conversations.
  • Le régime de vos données dépend de votre licence : l’entraînement est actif par défaut sur les comptes Free, Pro et Max, et exclu par contrat à partir de Team.
  • Quand la recherche web est activée, une version résumée de votre demande part vers un moteur externe, quelle que soit l’offre souscrite.
  • Un assistant utile se prépare sur une fiche remplie à la main, coûte quelques heures de cadrage, et ne dispense jamais de relire ce qu’il produit.

Questions fréquentes

Ces résultats sont-ils transposables à une entreprise plus grande que la vôtre ?
Une partie l’est, une partie ne l’est pas. Une structure de deux mille personnes ne laissera pas un agent réorganiser des dossiers partagés sans validation, et c’est légitime. Ce qui se transpose tient à la façon de choisir le premier chantier : une tâche qui revient assez souvent pour rentabiliser le temps de cadrage, et un résultat qu’une personne du métier vérifie en quelques minutes. La vitesse dépend de votre organisation, la méthode beaucoup moins.
Nos documents servent-ils à entraîner les modèles ?
Cela dépend de la licence souscrite, et l’écart entre les deux régimes est important. Sur les offres grand public, les conditions consommateur d’Anthropic en vigueur depuis le 8 octobre 2025 autorisent cet entraînement tant que l’option n’a pas été désactivée dans les réglages du compte. À partir de l’offre Team, les conditions commerciales du 17 juin 2025 l’excluent contractuellement, avec un accord de traitement des données opposable au titre du RGPD.
Combien coûte réellement le démarrage, au-delà de l’abonnement ?
La licence est le poste le plus visible et rarement le plus lourd, à quatre-vingt-dix euros par mois dans notre cas. Deux autres postes s’y ajoutent : les bases de données branchées en connecteur, qui gardent leur propre facturation, et le temps de cadrage de chaque assistant, soit quelques heures à passer une fois avant qu’il serve. C’est ce temps-là qu’une formation fait gagner.